• Dr Guillaume Couelle - Chirurgien-Dentiste

Conséquence de la santé orale sur la dénutrition

Mis à jour : févr. 21

Cette année, la première semaine nationale contre la dénutrition a vu le jour. Une occasion pour nous de faire le point sur cet enjeu de santé publique qui touche près de 2 millions de français, dont 25% de personnes de plus de 70 ans vivant seules. Ainsi que le lien existant entre dénutrition et mauvaise santé orale.


Dans ses recommandations, la HAS donne la définition de la dénutrition protéino-énergétique comme le résultat d’un déséquilibre entre les besoins et les apports de l’organisme. Ce déséquilibre entraîne des pertes tissulaires, notamment musculaires, qui ont des conséquences fonctionnelles délétères.

Dans une publication de 2000 d’Allison, la dénutrition est définie comme un état de déficience énergétique, protéique et d’autres nutriments spécifiques. Ceux-ci entraînent des changements sur l’organisme mesurables ainsi qu’une sensibilité aux maladies augmentées qui peut être réversible grâce à de bons apports nutritionnels.

La prévalence d’un état nutritionnel déficient, et donc pathologique, est difficile à objectiver. De nombreux critères et barèmes existent. Celui de la HAS dans ses recommandations de 2007 semblent être les plus faciles à utiliser, particulièrement dans le cas des résidents d'EHPAD qui ont une prévalence augmentée de troubles cognitifs.

En 2011 une étude transversale avec un échantillon de 57 EHPAD démontre une incidence de 45% de dénutrition protéino-énergétique, dont plus de 25% de dénutrition sévère.



Bien que les étiologies de la dénutrition soient multiples (Trouble de la déglutition, pathologies rhumatismales, pathologies digestives, degré de GIR etc.) les troubles bucco-dentaires sont considérés par tous les auteurs comme un facteur de risque majeur de dénutrition.


Rappelons qu'au-delà de la dénutrition, une mauvaise santé orale (inflammations chroniques, infections latentes) est un facteur de risque de nombreuses autres pathologies chroniques et infectieuses. Augmentant par exemple l’incidence de pathologies cardio-vasculaires, pulmonaires, et autres pathologies systémiques qui à leur tour tendent à augmenter la prévalence de parodontopathies.

C’est un véritable cercle vicieux qui peut compliquer la stabilisation ou le traitement d'autres pathologies complexes, comme c’est le cas pour le diabète.





Une étude de Dutheil&Scheidegger en 2006 constate que moins de 5% des personnes de plus de 65 ans ont pu bénéficier de leur consultation annuelle chez un chirurgien-dentiste. Alors qu'à l'inverse, les consultations chez le médecin tendent à augmenter progressivement avec l'âge. D’autres études sur le sujet affirment que plus de la moitié des résidents d’institutions n’ont pas consulté leur chirurgien-dentiste depuis plus de 5 ans.


Ceci s’explique facilement par les difficultés d’accès aux chirurgiens-dentistes pour ces patients, dont le déplacement est souvent difficile. Mais également, comme le rappelait Gérontologie et Société en 2010 à cause d’une idée reçue de “fatalité de perdre ses dents” de la part de la population âgée. Et d’une diminution des algies dentaires, dans des cavités buccales vieillissantes avec pathologies chroniques associées.


Ceci compliquant le dépistage de la part du personnel soignant, particulièrement en institutions, puisque les patients tendent à ne pas manifester de motif de consultation dentaire. Et bien souvent dans le cas où un motif de consultation existe, la pathologie dentaire est déjà à un stade avancé, ce qui complique d’autant plus les soins associés.

C’est l’une des raisons qui a poussé le gouvernement à inscrire la consultation dentaire dans le Plan National Bien Viellir en 2009. Malheureusement à ce jour, la consultation dentaire systématique en institut n’est pas une généralité. Les dispositifs existants étant encore à des stades expérimentaux.


La faculté d’odontologie de Montpellier a tenté de répondre à cette problématique de prévention et de dépistage précoce avec un programme innovant. Permettant à des étudiants en chirurgie dentaire d'analyser des clichés vidéo de la cavité orale de patients acquis par des infirmières dans des EHPAD.

Ils ont pu démontrer ensuite que plus de 40% des patients ayant bénéficié de leur intervention ont pu bénéficier d’une conversion en soins.


La télémédecine trouve ici un rôle particulièrement intéressant de coordinateur.

Notons que nous parlons bien ici de télémédecine et non de e-santé. Sous-entendu une télé consultation avec un recueil de données médicales équivalentes à celui d’une consultation dentaire conventionnelle.

Dans ce contexte, la télémédecine se présente comme une solution de choix aux problèmes liés au déplacement du chirurgien-dentiste, ou du patient. Elle permet un diagnostic précoce de lésions, et la mise en place d’une prévention individualisée.

Mais surtout elle permet la coordination entre le chirurgien-dentiste et les équipes médicales des établissement spécialisés. Permettant de planifier les interventions nécessaires, en anticipant les séances de soin, et en choisissant en amont les équipements adaptés à la prise en charge de ces patients.


Nous pensons que la télémédecine bucco-dentaire pourrait être la réponse à la mise en place d’une consultation dentaire annuelle systématique en institution. Et s’imposant ainsi comme le maillon manquant dans la chaîne de soin d’une population à risque. Pour qui les conséquences d’un mauvais état de santé bucco-dentaire, peuvent être particulièrement désastreuses.



Sources :

1. http://plone.vermeil.org:8080/ehpad/Bibliotheque/Memoires/memoires-2014-2015/09%20-%20Memoire%20CHAOUI%20BOUDGHANE%20-%20FELY%20PLANCHAT.pdf

2. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/denutrition_personne_agee_2007_-_recommandations.pdf

3. https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01998491/document

4. DREES, 2006 ; Dutheil & Scheidegger, 2006

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