• Dr Charles Faroche - Chirugien-Dentiste

Introduction à la dermatologie buccale

Rappel d'anatomie topographique de la cavité buccale et lésions élémentaires de la muqueuse buccale.


L'Organisation Mondiale de la Santé représente les différentes zones de la cavité orale et leur dénomination comme suit :


1. Lèvre supérieure, versant cutané.

2. Face interne de la lèvre supérieure.

3. Vestibule supérieur antérieur.

4. Vestibule supérieur latéral gauche.

5. Gencive vestibulaire supérieure antérieure.

6. Gencive vestibulaire supérieure latérale.

7. Palais antérieur.

8. Sillon gingivopalatin.

9. Face interne de joue.

10. Palais dur.

11. Voile.

12. Commissure intermaxillaire.

13. Zone rétrocommissurale.

14. Base de la langue.

15. Dos de la langue.

16. Bord de la langue.

17. Pointe de la langue.



Sur le plan morphologique, une lésion élémentaire pathologique peut se classifier de manière rationnelle. Une lésion élémentaire est rapidement modifiée par la salive et par la présence des mouvements de la langue, des joues et des dents. Ces modifications s'expliquent par les mouvements qui dissocient les couches épithéliales de la lésion.


Par exemple une vésicule, une bulle, peut éclater et perdre sa couche de surface et se présenter sous une forme érosive. On parle alors de lésion élémentaire secondaire.

Différentes lésions élémentaires peuvent s'associer. La classification d'une lésion nécessite donc de préciser la lésion prédominante en cherchant les stigmates de la lésion primitive par l'examen clinique et l'anamnèse.


En pratique on s'arrête à parler de lésion blanche ou de lésion rouge, on décrit ensuite leur aspect.



Quelques définitions :

Macules, plages et placards : les macules correspondent à une modification de la couleur de la muqueuse sur une surface limitée, sans relief (non palpables) ni infiltration. On parlera de plage ou de placard dès que le diamètre de la lésion dépasse 0,5 cm (pouvant s'étendre à l'ensemble de la muqueuse orale). Ces lésions, uniques ou multiples, ont le plus souvent des limites nettes et peuvent être érythémateuses, blanches, pigmentées, ou au contraire hypochromiques ou achromiques (en rapport avec une diminution ou une absence totale de mélanine).


Papules, et plaques : les lésions papuleuses sont des lésions saillantes et circonscrites, soludes, ne contenant pas de liquide. On parlera de plaque lorsque le diamètre de la lésion dépasse 0,5cm. Elles peuvent être en rapport avec une augmentation de l'épaisseur de l'épithélium (leucoplasie), une augmentation du volume du chorion (oedème allergique), un infiltrat cellulaire "sarcoïdose", ou une surcharge métabolique (amylose). comme pour les lésions planes, les papules et plaques, uniques ou multiples, ont le plus souvent des limites nettes et peuvent être érythémateuse, blanches, pigmentées, ou hypochromiques.


Nodules : ce sont des élevures rondes et saillantes, de diamètre supérieur à 1 cm, correspondant à une prolifération cellulaire. Il s'agit souvent de tumeurs, qu'elles soient bénignes ou malignes.


Vésicules : ce sont de petits soulèvements intra-épithéliaux contenant un liquide clair séreux ou hémorragique de 0,5 à 5 mm. Ces vésicules laissent des érosions arrondies de petite taille, isolées les unes de autres ou confluentes. Formant des placards érodés à contours micro-polycycliques ; ces érosions planes et superficielles ont un fond recouvert d'un enduit fibrineux, plat, et sont entourées d'une aréole érythémateuse. les éléments peuvent apparaître en une poussée unique ou successivement, ce qui donne de éléments d'âge différent. L'étiologie est essentiellement virale.


Lésions bulleuses : les bulles sont des décollements épithéliaux arrondis ou ovalaires, de taille variable (au-delà de 5mm de diamètre). Elles contiennent un liquide séreux ou hémorragique. Leur présence est en général éphémère en raison de la fragilité du toit, de l'humidité buccale et des traumatismes alimentaires ; elles font place à des érosions rouge foncés arrondies, à fond lisse, bordées par des lambeaux d'épithélium formant souvent une collerette grisâtre périphérique. Il faudra rechercher avec soin une éventuelle atteinte cutanée associée.


Erosion : elle peut être primitive ou secondaire. Il s'agit d'une perte de substance superficielle, sans nécrose des tissus sous-jacents. Le fond garde une coloration plus ou moins rouge. Le caractère bien circonscrit avec une collerette épithéliale blanchâtre fait évoquer une érosion post bulleuse ou post vésiculeuse.


Ulcérations : l'ulcération correspond à une perte de substance profonde avec destruction de l'épithélium buccal et de la partie supérieure du chorion, contrairement à l'érosion plus superficielle, ne touchant que l'épithélium.


Autres lésions élémentaires :

- végétations : ce sont des excroissances papilomateuses réalisant des élevures à base circonscrite.

- pustules : elles sont rarement observées (impétigo buccofacial) et réalisent un soulèvement de l'épithélium contenant du pus.

- gommes : il s'agit de formations volumineuses, saillantes, profondes, inflammatoires, suppurées, parfois ulcérées. On les rencontre par exemple dans la ou la syphilis tertiaire.

- enduits pultacés, pseudomembranes : les enduits pultacés sont composés de cellules épithéliales desquamées. Dans les pseudomembranes, s'y associent de la fibrine, des cellules inflammatoires, des micro-organismes, de la flore buccale et des débris alimentaires. Ils se détachent facilement à l'abaisse-langue.

- croûtes : il s'agit de formations séreuses, transitoires dans la cavité orale en raison de l'humidification par la salive. Elles sont observées plutôt au niveau des lèvres. Elles peuvent être purulentes ou hémorragiques.

- fissures : il s'agit d'érosions linéaires de l'épithélium et de la partie superficielle du chorion. On les observe sur la face dorsale de la langue ou les commissures labiales.

- atrophie : l'atrophie constitue un amincissement de la muqueuse orale, qui apparaît lisse et vernissée. Elle est rencontrée dans certaines maladies comme la candidose ou le lichen, mais peut être observée en dehors de tout processus pathologique chez les personnes âgées.

- cicatrices : il s'agit de tissu de réparation, néoformé, consécutif à un processus inflammatoire profond, parfois chronique. Dans certaines localisations, des brides cicatricielles sont réalisées (vestibules, face interne des joues).