La gérodontologie : le lancement, enfin !

"La gérodontologie : une discipline en plein développement", c'était le titre de l'ADF en 2010... l’association s’était alors intéressée à la dentisterie gériatrique.


Dans l'exercice de leur art les praticiens doivent tenir compte de l’état de santé général des personnes, gérer les impératifs sanitaires inhérents à l'activité et adapter leur discours à ces patients (ainsi qu'à leur tuteur, aidant, proche...) souvent fragilisés.

La gérodontologie concerne tous les seniors, dépendants et autonomes :


- Les soins destinés aux personnes âgées autonomes, c’est-à-dire capables de se rendre par elles-mêmes au cabinet du praticien. Ces soins représentent une part croissante de l’activité des praticiens qui continuera de croitre dans les décennies à venir. Ils exigent une approche spécifique et doivent être adaptés au tableau clinique particulier de chaque patient. Parmi les spécificités liées à la prise en charge globale du senior au notera la possible perte d'autonomie progressive ainsi que l'étude des facteurs de risques et les moyens (technologiques) qui permettent leur suivi et permettent d'adapter la prise en soins.


- Les soins destinés aux personnes âgées dépendantes souffrant d’un handicap physiologique et/ou cognitif. Ces soins nécessitent un plateau technique spécifique avec des praticiens ayant reçu une formation adaptée. Pour permettre à chacun de prendre en charge le plus longtemps et le plus grand nombre de patients, une qualification du cabinet et du besoin sont nécessaires pour établir un parcours de soins coordonné.


Les conséquences d’un mauvais état de santé bucco-dentaire chez la personne âgée sont nombreuses : douleur, inconfort, dénutrition et perte de poids, infection, mauvaise estime de soi, comportements agités...


Définir précisément le profil sanitaire du patient

« Toute prise en charge d’une personne âgée autonome repose sur un interrogatoire médical approfondi. Il s’agit notamment de connaître les éventuelles pathologies associées, vérifier les traitements en cours et bien apprécier l’impact potentiel du soin bucco-dentaire », explique Jean-Luc Veyrune, Professeur à l’UFR d’odontologie de Clermont-Ferrand.


Par exemple, on évitera la pose d’implants pour les patients atteints de pathologies cardiaques, du fait des risques d’infection et des variations de tension liées au stress. De même, en cas d’ostéoporose, le praticien devra évaluer le risque de nécrose de l’os lié à la prise de bisphosphonates. Les bilans bucco-dentaires sont souvent recommandés après l'indication de besoin de traitement...la nécessaire systématisation de bilans bucco-dentaires à l'entrée puis régulièrement de suivi est capitale !


La décision thérapeutique doit donc être guidée par plusieurs considérations : l’état général du patient, son projet de vie, son niveau d’hygiène bucco-dentaire et prothétique, les possibilités de suivi ou encore le contexte de soin (lieu de prise en charge du patient, degré de coopération du patient).


Adapter le discours et le rythme des traitements

Communiquer avec un patient âgé implique plusieurs exigences : vérifier le niveau de compréhension et d’adhésion au plan de soins, évaluer le taux de stress, convenir d’un calendrier adapté, mener des séances courtes, savoir rassurer et apaiser. Certains patients ont besoin d’une attention particulière, avec la nécessité de réexpliquer plusieurs fois la même information, d'où la nécessité d'étendre sa communication aux établissements et d'établir une relation avec les soignants des structures d'hébergement.


Conserver l’existant : une priorité

Primum non nocere, préserver ce qui est préservable le plus longtemps possible sont des règles auxquelles le gérodontiste n'échappe pas. A l'étude actuellement, l'enfouissement des racines pour préserver les volumes osseux à la mandibule.


Un projet de soins raisonné

L’exigence sur le plan sanitaire est aujourd’hui plus forte chez les personnes âgées autonomes qu’il y a vingt ou trente ans. Pour bien y répondre, le praticien doit faire des arbitrages entre l’état de santé général du patient, sa capacité à supporter des traitements dans la durée et le « réalisme » de la demande. S’il n’est pas question de négliger la valeur de cette demande, l’appréciation du rapport bénéfice/risque demeure au fondement de toute intervention. Le praticien doit faire preuve de vigilance et de discernement vis-à-vis des pathologies installées et des fragilités à venir.

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